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Les Exaltés, les Taiseux et la politique

Les Exaltés, les Taiseux et la politique

Il y a des sujets vraiment sensibles. Sensibles, car dès que l’on en parle, on ne peut faire autrement que d’y laisser un bout de soit même… parfois il s’agit en plus du mauvais morceau. Il y en a un particulièrement qui laisse des traces, la politique. 

On a tous en mémoire notre tante Germaine qui à la fin du repas de Noël, nous souffle son haleine de vigneron en pleine gueule pour solennellement déclarer que ce sera Le Pen et personne d’autres. « Merde, tout c’était bien passé jusqu’à présent, pourquoi qu’elle la ramène la vieille » soupire le petit Luc qui, assis au bout de la table avec ses cousins, décident de la quitter pour jouer dans la pièce d’à côté. Ils les entendent les vieux à travers le mur, la graisse d’oie collée lèvres et la bouche pleine de vin, hurler la discorde à s’en décrocher le palet. « Mais Germaine, tu ne te rends pas compte ! Le Pen, comme son père ce sont des fascistes ! Attends, attends, écoute-moi, tu voudrais qu’Hitler reprenne le pouvoir c’est ça ? » et la vieille tante qui incapable de se défendre, répète en boucle à s’en contredire les mêmes phrases insignifiantes « Quand tu vois tous ces immigrés blabla… ». Et que chacun rentre dans la mêlée, le débat commence, et sortiront amochés tous ceux qui enivrer de colère, dévieront sur le terrain des invectives personnelles « Mais toi de toute façon tu n’as jamais voté, tu t’en fous, c’est de l’avenir de tes gosses dont tu te fous, tu as toujours été incapable de prendre position ». 

Le petit Luc avec son cortège de cousins se dit en s’en for intérieur que la politique c’est trop pourri, et que ça fou trop la merde ! L’a pas tord, car en notre for intérieur, la politique c’est un truc qui vous prend aux tripes, c’est pour ça qu’on s’énerve autant. Et comme la politique touche à nos idées, à nos croyances, à ce qui nous différencie des machines, peut-être que défendre ce bout d’humanité qui nous anime reste important. Mais la politique ça vous fou également à poil. Parlez politique et observons si vous avez la culture nécessaire, la fougue inhérente au discours et la syntaxe requise pour émettre un début d'opinion. La tante Germaine, tout exaltée qu’elle est, ne parle pas très bien, elle ne connaît pas forcément son histoire et se ramasse toujours face à son neveu, professeur d’histoire, qui lui rappelle comment que La Commune de Paris et comment que Adolphe Thiers, et comment que lui et son pauvre petit chien et comment que c’était différent de la Révolution française, etc., etc. … L’autorité de celui qui sait, et il y en a toujours un qui va savoir plus. Quoi de plus humiliant que de se faire rabaisser les idées, ce en quoi vous croyez profondément, et ce qui vous permet de vous sentir un peu humain.

Alors certains trouvent la parade. Tenez, faisons l’expérience : 

Demander à votre collègue de vous raconter sa « première fois » ...  Je vous fais la réponse, classique dans son genre : « Oh bah moi c’était au camping avec la fille du propriétaire, c’était assez rapide, car on était tous les deux bourrés, je devais avoir 16 ans, je crois… » Écoutez cette personne avec l’attention qu’un bon collègue se doit d’avoir, puis demander lui ensuite pour qui il a voté. Vous lirez le gène qui suintera sur son front et de peur qu’il réponde « Marine ! », vous prétexterez un besoin urgent. 

La politique, le tabou suprême  ! Parlez de cul pas de souci, mais de politique, alors là, « vous me mettez mal à l’aise cher collègue ! » L’impression que lever le voile de ses opinions, éclaircirait le petit bout de jardin que l’on souhaite garder bien dans l’obscurité. Par honte probablement, honte d’entrer dans un débat qui bien des fois nous dépasse, de ne pas être à la hauteur de la conversation qui pourrait s’engager. Alors que la politique, c’est de la chose publique, on en débat, on l’accapare et nous la mettons à distance. Ceux qui la taise ou l’exalte ont sûrement des bonnes raisons de le faire, parfois l’urgence de la situation l’impose. J’aimerais réussir à mettre tout le monde à l’aise, calmer un peu les exaltés et mettre en confiance les taiseux, que chacun prenne un peu sa part au débat publique, quitte a en laisser un bout. Voilà une vaine utopie. 

 

Arthur Diot

 

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